A la
veille du 14 juillet, le président Sarkozy a réussi à
créer en très peu de temps un climat exécrable au sein et
autour de l’institution militaire. Les célébrations
de la fête nationale se déroulent sur fond de brouillage
politique, avec une carte militaire arrachée au forceps, et
dans la confusion stratégique, avec un alignement
atlantiste mené tambour battant. Sans parler des propos
excessifs tenus par le chef de l’Etat à l’égard
des militaires et par des réformes mal préparées et mal
expliquées. Enfin, le Livre blanc sur la défense et la
sécurité nationale et la RGPP apparaissent de plus en plus
comme des procédés destinés à faire des économies au sein
du ministère de la Défense. La pertinence et
l’efficacité du dispositif militaire sont ainsi
passées au second plan.
Nous ne sommes pas des fanatiques du consensus à tout prix,
trop souvent utilisé pour masquer un conservatisme inavoué.
Mais nous sommes attachés à l’unité des Français. Si
nous sommes convaincus de la nécessité de transformer notre
défense pour rationaliser l’outil militaire et
relever les défis de sécurité à venir, nous savons aussi
que ces questions doivent recueillir un large accord
politique et un soutien populaire. Ce n’est pas la
voie dans laquelle s’est engagé Nicolas Sarkozy : en
brutalisant les élus locaux et en leur imposant une carte
militaire sans concertation ni transparence ; en
culpabilisant les militaires pour leur faire avaler
l’amère potion d’une réforme mal ficelée et
réductrice ; en accroissant les pouvoirs du Président en
matière de défense. Le Parlement doit conquérir, dans ce
domaine notamment, des droits nouveaux, à l’instar de
ce qui existe dans les grandes démocraties.
A l’inverse, nous souhaitons pouvoir faire avec les
élus locaux, dans la concertation, la transparence et
l’équité, les choix nécessaires tout en prenant en
compte financièrement les compensations nécessaires aux
communes affectées. Nous souhaitons que les militaires
soient traités comme des citoyens à part entière. Nous
souhaitons un statut militaire adapté à la condition des
nouveaux professionnels et donnant des droits en matière
d’expression citoyenne et de concertation au sein de
l’institution. Nous souhaitons la fin du «domaine
réservé» en matière de politique étrangère et de défense.
Nous demandons que le Livre blanc soit soumis à une
véritable délibération parlementaire, suivie d’un
vote. Tous les sujets doivent être abordés. C’est
ainsi que la mutation de la gendarmerie, l’alignement
atlantiste, la place prise par la «sécurité nationale» dans
la stratégie de notre pays, ne peuvent pas être avalisés en
catimini. Nous proposons enfin que la France se concerte
avec les pays de l’Union européenne pour rédiger un
Livre blanc européen. C’est même d’ailleurs par
là qu’on aurait dû commencer le travail entrepris sur
la défense il y a un an !