L’heure est importante pour notre pays. La défense est un enjeu majeur, c’est une prérogative essentielle du chef de l’Etat. Mais au-delà du constat partagé d’un monde instable et dangereux, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ne proposent pas la même politique de défense. Avec elle, nous faisons des choix.

Le choix de la cohérence et de la responsabilité. Les forces armées françaises, engagées dans de nombreuses opérations extérieures, sont en limite de capacité et en crise financière. La gauche le dit depuis plusieurs années, malgré l’ampleur des crédits qui lui sont consacrés, notre Défense souffre d’une programmation défectueuse de ses équipements et d’une médiocre sélection de ses priorités opérationnelles. Alors que N. Sarkozy de façon démagogique empile promesses et programmes d’armement, S. Royal qui ne veut sacrifier ni les impératifs de notre sécurité, ni les priorités de l’emploi, de l’éducation et de la réduction de la dette, s’est engagée à un maintien des crédits militaires à leur niveau actuel. Mais elle souhaite aussi cesser de disperser nos efforts pour renforcer la cohérence de notre politique militaire. La dissuasion nucléaire, garantie ultime, doit être maintenue. Face au risque terroriste, nos dispositifs de protection doivent être consolidés. La prolifération balistique et les systèmes anti-missiles impliquent de gros efforts de recherche et le développement de nouveaux moyens stratégiques notamment spatiaux ; c’est un enjeu européen.

Le choix de l’Europe est notre ambition. La France qui agit de plus en plus en coalition et en interdépendance militaire avec ses alliés doit privilégier l’Union Européenne comme cadre de coordination politique, de rationalisation de l’outil de défense et comme levier d’action. Face aux défis de sécurité du XXIème siècle, nous devons pousser les Européens à conjuguer leurs efforts de défense et à unir leurs forces armées. Il ne s’agit pas de se défausser sur une Europe encore en gestation d’un effort que nous conduirons, et dont nous assumerons pleinement notre part. Il s’agit de construire avec nos partenaires les moyens d’une nécessaire autonomie. Nicolas Sarkozy, partisan d’un mini-traité a minima, ne porte pas cette ambition, et refuse d’ailleurs de retourner devant le peuple français pour la faire partager.

Le choix de l’indépendance. Ségolène Royal veut conduire la France comme une puissance pacifique mais pas ingénument pacifiste, quand Nicolas Sarkozy s’aligne purement et simplement sur les Etats-Unis en présentant comme de «  l’arrogance française » l’opposition clairvoyante et quasi-unanime des Français à la guerre en Irak. Sans ambition réelle pour l’Europe, il prépare l’alignement atlantiste de la France. Au contraire, le projet de Ségolène Royal marque sa fermeté en matière de sécurité internationale, non pour encourager les réponses militaires mais pour favoriser un ordre international juste. Son projet comporte un volet militaire et un volet diplomatique. Il soutient une rénovation des procédures de sécurité collective, le progrès de la justice internationale et le désarmement. Il implique aussi une politique africaine équilibrée et la fin de certaines pratiques déplorables de la  France en Afrique.

Pour l’efficacité de notre Etat, S. Royal affirme le choix d’une défense globale portée par un ministère de la Défense de pleine responsabilité ; alors que N Sarkozy propose de revenir à un ministère des armées « expéditionnaire » dont la gendarmerie serait dissociée, la délégation générale pour l’armement progressivement démantelée, avec des pans entiers du secteur de la défense qui seraient privatisés.

Le choix de la transparence démocratique. Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal en appellent tous deux à la fin du « domaine réservé ». Mais quelle est la crédibilité de M. Sarkozy sur ce point, ministre de l’intérieur intrusif, coutumier de la manipulation des chiffres et responsable d’une majorité UMP au Parlement qui n’a jamais demandé le moindre débat à M. Chirac sur les opérations extérieures en cours ? Ségolène Royal, elle, réclame depuis longtemps la modernisation de notre démocratie, un renforcement des procédures d'information et de contrôle du Parlement notamment pour la Défense, plus de transparence sur les opérations extérieures, les services de renseignement et les ventes d’armes. Enfin, les militaires doivent être considérés comme des citoyens à part entière. Les responsabilités que la Nation leur confie impliquent des devoirs, des astreintes mais aussi de la considération. Celle-ci doit s’exprimer notamment en termes de conditions matérielles et de modernisation du statut militaire.

Avec N. Sarkozy, la droite escamote le legs gaullien d’indépendance et esquive notre responsabilité européenne. Son projet est néo-atlantiste, sans priorités, sans vision d’avenir. Ségolène Royal propose de bâtir une Défense performante qui affiche des ambitions claires et des couleurs européennes. Cette politique responsable, celle d’une défense forte et crédible, insérée au cœur de notre démocratie et garantissant notre libre arbitre, tel est le projet que nous portons.


Liste des signataires:
P Adam, députée
D Assouline, sénateur
E Avice, ancien ministre
D Boulaud, sénateur
L Gautier, délégué national du PS aux questions stratégiques
F Lamy, député
JY Le Drian, député, ancien ministre
B Lefèvre, club Raspail
JP Masseret, sénateur, ancien ministre
JP Plancade, sénateur
P Quiles, député, ancien ministre
A Richard, ancien ministre
S Verclytte, club Orion
JC Viollet, député