Le crédit international de la France, après une décennie de chiraquisme, est médiocre. Certes, sur l’Irak, la position fut exemplaire mais, depuis 1995, combien d’autres sujets pour lesquels notre pays est apparu peu fiable, chauvin, gaffeur, hésitant, donneur de leçon. Du tollé international accueillant la reprise des essais nucléaires à la gestion calamiteuse des dossiers européens, pour ne pas évoquer les aveuglements sur la Russie, les dérapages dans l’OTAN ou l’échec de notre politique africaine, les revers de notre politique étrangère sont légion. L’autorité de la France a été compromise. Le message universaliste de notre nation est devenu inaudible.

Le prochain quinquennat doit permettre à la gauche, si elle emporte les élections, de redonner du souffle, un idéal à notre politique étrangère. La France doit reprendre l’initiative, qu’il s’agisse de défense des droits de l’homme, de sécurité collective, du désarmement, de protection de l’environnement. Il est indispensable de replacer la France sur le terrain des principes et sur celui des combats concrets pour ces principes. C’est ce qu’attendent non seulement les Françaises et les Français mais également tous ceux qui, dans les geôles birmanes ou les camps du Soudan, ont autrefois compté sur notre pays.

La France doit se faire l’avocat d’un ordre international plus juste, d’un monde pacifié, humaniste, plus égalitaire, respectueux de la diversité et du dialogue des cultures.

Toutefois, en ces temps d’instabilité et d’évolution pernicieuse des menaces, c’est sur la sécurité internationale que l’imagination et la détermination de notre diplomatie seront testées. Trois sujets permettent d’illustrer comment conjuguer l’affirmation de nos principes internationaliste et européens avec un nécessaire réalisme. Il s’agit de la prolifération nucléaire, du conflit israélo-palestinien et de la défense européenne.

La prolifération pose un problème redoutable. Plus le nombre d’acteurs nucléaires augmente, moins l’efficacité de la pure dissuasion est efficace et plus les risques intentionnels de frappes ou accidentels d’explosion croissent. Il faut donc soutenir les mesures de discipline et de contrôle internationaux et revenir à une logique de désarmement nucléaire s’appliquant à tous. Les grandes puissances ne peuvent prétendre imposer aux autres des dispositifs sans s’astreindre elles mêmes à la logique du désarmement. Or, aujourd’hui toutes les principales négociations concernant l’interdiction des essais, l’arrêt de la production de matières fissiles militaires, l’actualisation du TNP, l’application des conventions sur l’interdiction des armes biologiques sont dans l’impasse, notamment parce que certains grands pays refusent de souscrire ou d’appliquer de nouveaux engagements. Il faut appeler à une relance urgente des discussions multilatérales sur le désarmement et la non prolifération. Cette relance devrait s’appuyer sur une initiative diplomatique européenne d’envergure.

Au Moyen-Orient, les événements se succèdent et, malheureusement, se ressemblent. Depuis l’embellie enregistrée, à la suite des accords d’Oslo, la situation s’est constamment dégradée. Elle creuse un passif sans cesse plus chargé entre les deux communautés. La guerre américaine en Irak, l’exclusion de la Syrie du jeu diplomatie régional, la guerre israélienne au Liban, la difficile gestion du dossier nucléaire iranien achèvent de déstabiliser le Moyen-Orient.

Une des priorités de l’action diplomatique française devra être de participer à la relance d’un processus de paix dans la région. L’activité diplomatique française devra chercher à impliquer fortement l’Union européenne et aider à une convergence avec la nouvelle administration américaine. Il lui faudra enfin envisager de reprendre contact avec tous les acteurs de la région, y compris ceux actuellement marginalisés. Donner des chances à la paix, c’est inlassablement réaffirmer l’égale dignité des peuples israélien et palestinien et leurs droits à vivre en paix au sein d’un Etat aux frontières reconnues de tous.

La politique européenne de sécurité et de défense est probablement un grand chantier d’intégration européenne pour les quinze prochaines années. Pourtant, l’Europe de la défense, très prometteuse s’est progressivement grippée après 2002. Les divisions sur l’Irak puis l’échec du traité européen ont enrayé la machine.

La France doit jouer un rôle décisif pour la relance d’une défense européenne autonome. Au cours des cinq prochaines années, soit ce projet est affermi, soit il ira rejoindre ceux de la CED ou de l’UEO au cimetière des illusions perdues. Le processus qui passe par des consolidations juridiques et institutionnelles admises par tous (clause de garantie mutuelle, préférence européenne, mécanisme de coopération structurée) doit être pragmatique et concret. Mais il doit aussi être politiquement fort car notre effort de défense maintenu devra nécessairement s’affirmer dans le cadre d’un pôle européen de défense. Ce renforcement de l’Europe de la défense contribuera à rééquilibrer et à faire évoluer positivement l’alliance transatlantique.

La France ne doit pas abandonner la vocation internationale qui est la sienne. A la gauche d’être, comme avec F Mitterrand, à la hauteur de cette ambition.