Le dossier nucléaire civil iranien est une question qui fâche mais c’est bien la question pendante. Et c’est une question difficile ! Ce n’est pas parce que, depuis six mois, Chirac, vis-à-vis de l’Iran, manœuvre à la godille, passant de l’intransigeance absolue à la complaisance circonstancielle que tous les responsables français doivent suivre inconséquemment sa course chaloupée. Ségolène Royal, malgré ses contradicteurs, a eu raison de soutenir que la position de la France à l’égard de Téhéran, doit rester ferme car il s’agit d’un enjeu majeur pour notre sécurité.
Sur le volet militaire, à l’exception de quelques esprits égarés, tout le monde s’accorde, pour que l’Iran signataire du Traité de non prolifération (TNP) continue de se voir interdire la fabrication ou la détention d’armes atomiques. Le régime iranien, lui-même, se garde bien officiellement d’agiter sur le sujet un chiffon rouge. Le nucléaire militaire n’est donc pas, en soi, un sujet de discussion. Il reste pourtant l’enjeu masqué des négociations sur le nucléaire civil dont on sait que la technologie donne accès aux armes de destruction massive.
Si l’on veut trouver un terrain d’entente avec l’Iran, il faut d’abord être clair sur ce que nous ne voulons pas et ce qui fait l’objet de propositions.
Il convient d’abord de rappeler que le TNP autorise l’accès à la technologie civile pour ses signataires à condition qu’ils renoncent de façon définitive aux armes nucléaires. Ce principe, en l’espèce, n’est pas contesté. Ce qui est reproché concrètement à l’Iran c’est d’avoir dissimulé un programme secret vraisemblablement orienté à des fins militaires, en infraction avec ses engagements internationaux et en se soustrayant aux vérifications de l’AIEA. Le soupçon d’avoir cherché à contourner les dispositifs du TNP pour s’engager dans la voie militaire a été renforcé par des déclarations belliqueuses et la poursuite d’activité d’enrichissement de l’uranium par un système rudimentaire mais efficace de « centrifugeuses en batterie ».
Certes, aujourd’hui, les capacités d’enrichissement de l’uranium par l’Iran sont limitées, mais on peut craindre que, dans un futur proche, ce pays parvienne à obtenir une quantité de matières fissiles fortement enrichies suffisante pour équiper des têtes nucléaires. C’est donc bien la problématique de la technologie civile et de son détournement qui est en réalité posée.
Or, personne ne croit plus l’Iran sur parole. Au départ parce qu’il a déjoué la vigilance des inspecteurs de l’AIEA, ensuite parce que ce pays pratique régulièrement dans les pourparlers la dissimulation des intentions et les revirements de dernières minutes. Il faut donc adopter avec lui des postulats de négociation clairs que l’on peut résumer en deux assertions : « pas de technologie nucléaire civile sans un contrôle complet » et « pas de capacités d’enrichissement inutiles » alors que les nouveaux projets de centrales nucléaires électriques en Iran entreront en fonction, au plus tôt, dans dix ans. Ces règles ont le mérite de la simplicité. Elles permettent d’adopter dans les discussions avec Téhéran une position certes exigeante mais pas une position fermée. Elles autorisent deux ouvertures possibles : l’acceptation d’un programme de recherche iranien sur les technologies nucléaires civiles sous surveillance de l’AIEA ; la fabrication pour le compte de l’Iran, par un consortium international et dans une usine ad hoc soumise aux vérifications de l’AIEA, de l’uranium faiblement enrichi servant de combustible aux futures centrales.
Sous ces stipulations strictes et la confirmation par l’Iran de son renoncement définitif à se doter d’armes nucléaires et à tenter d’acquérir ou de fabriquer du plutonium ou de l’uranium de spécifications militaires, une coopération rapide pourrait reprendre avec ce pays.
Il est en effet de l’intérêt de tous que l’Iran, qui est un grand pays, ne reste pas au ban de la communauté internationale et voit sa place et son statut progressivement normalisés. La logique de confrontation est inefficace et pousse aux surenchères, la fermeté est toujours la première condition d’une négociation réussie.