La France est dotée d’une industrie de défense de premier plan. Ce secteur-clé de notre économie mobilise les compétences de 150 000 chercheurs, ingénieurs, techniciens et ouvriers. Dans les domaines aéronautique, électronique, naval, nucléaire et spatial, nos entreprises se situent au meilleur niveau mondial. Cette situation est le fruit d’efforts et d’investissements considérables consentis depuis 50 ans. Evitons de dilapider ces atouts !

Or, la place de nos sociétés aéronautiques et d’armement dans la compétition internationale régresse. Leur rôle faiblit dans la consolidation industrielle en Europe.

Le gouvernement de L Jospin avait pourtant emporté une première manche décisive avec la création des groupes Thalès et EADS, l’intégration d’Airbus, le regroupement des capacités européennes en matière d’hélicoptères, de missiles ou encore de lanceurs spatiaux. Mais ces succès appelaient une transformation. C’est ce que la droite a raté.

L’évolution du pacte d’actionnaires dans EADS, prévue dans les accords initiaux à partir de 2005, a été compromise. Le mariage arrangé en 2001 entre la DCN et Thalès a été sans cesse repoussé. Le jeu qui était ouvert pour DCN, GIAT et SNECMA au niveau européen dans leurs branches respectives s’est progressivement refermé.

Le désintérêt du gouvernement Raffarin pour ces dossiers puis l’activisme brouillon du gouvernement Villepin ont fragilisé partout les positions françaises dans un secteur stratégique qui requiert de l’Etat une attention vigilante et un soutien continu.

Les symptômes de cette fragilisation (crises de management à répétition, fusions franco-françaises contre-nature, crispations européennes.. .) sont nombreux. Conjugués aux difficultés conjoncturelles rencontrées par Airbus, ils mettent en évidence la nécessité d’une nouvelle politique pour notre industrie aéronautique et de défense.

Cette nouvelle politique doit s’articuler autour de quatre axes : la confortation de notre dispositif industriel ; la préférence européenne en matière de fabrication et d’acquisition d’armements ; le renforcement de notre effort de recherche ; un soutien mieux structuré à l’exportation.

L’Etat doit d’abord s’impliquer davantage, sans être obnubilé par les seules questions de personnes. Certains principes, récemment bafoués ou décriés de manière désinvolte, doivent être réaffirmés : la priorité doit être redonnée aux accords industriels et aux programmes européens. Cette priorité est génératrice de synergies et d’économies. La participation de l’Etat au capital des entreprises d’armements ne doit pas systématiquement être remise en cause. L’actionnariat public dans la phase actuelle des restructurations européennes est gage de stabilité. Dans la mauvaise passe que traverse EADS, chacun reconnaît aujourd’hui, à Paris et de façon plus inattendue à Berlin, la garantie que constitue, du fait de la mixité de ses capitaux, la Sogéade porteuse des intérêts français. De même, il faut encourager les montages du type « golden share » qui permettent à l’Etat de protéger les actifs stratégiques ou technologiques les plus sensibles.

La consolidation d’une base industrielle et technologique européenne nécessite au minimum un dessein politique du côté français. Elle implique la définition de structures industrielles-cibles conciliant au mieux nos intérêts économiques et nos intérêts stratégiques.

C’est dans un tel cadre, ouvert aux coopérations avec des pays non membres de l’Union, que devrait se développer un partenariat industriel souhaitable avec les Russes. Cette préconisation vaut en particulier pour EADS dont la gouvernance pour des raisons de souveraineté, doit évidemment rester européenne.

Cependant la construction européenne de défense est grippée. Elle subit de plein fouet l’échec du traité constitutionnel. Les instruments mis en place entre 1997 et 2004 : comité militaire, état-major, agence européenne de défense, tournent à vide. La relance est donc un impératif.

Dans le secteur de l’armement, au-delà de la question majeure des restructurations industrielles, beaucoup reste à faire pour optimiser, à l’échelle de l’Union, les investissements réalisés par nos partenaires et nous-mêmes. Qu’il s’agisse des programmes militaires, des centres d’essais ou des chaînes de fabrication, Il faudra bien éliminer progressivement des duplications inutiles et coûteuses.

A cet égard, la France doit plaider la logique du « partage technologique » entre pays de l’Union. Cette évolution qui renforcerait l’interdépendance et l’existence de pôles technologiques va à la fois dans le sens de la rationalisation de la production et dans celui de la sécurisation des approvisionnements européens. Ce choix devrait bien sûr être couplé avec l’accroissement résolu des crédits que nous consacrons à la recherche.

Enfin, les performances de nos entreprises à l’exportation pâtissent d’un manque de lisibilité et de portage politique. Comme le constate le rapport Fromion, notre dispositif de soutien aux exportations est déficient. Il faut dans ce domaine sensible à la fois de la transparence, du contrôle mais aussi de la constance.

Tous ces objectifs appellent une plus grande attention et une plus grande mobilisation des pouvoirs publics en faveur de notre industrie de défense.