La France dépêche au Liban des soldats en renfort. Jusqu’en février, elle commandera la force intérimaire des Nations-Unies. Cet engagement accru de notre pays dans la FINUL est tout sauf anodin. Les hésitations initiales de Paris trahissent encore la crainte d’une mission de paix impossible. La cessation des hostilités entre Israël et le Hezbollah demeure en effet précaire ; le mandat de la FINUL, malgré des clarifications bienvenues, reste hautement problématique ; enfin le règlement de la crise s’inscrit dans un environnement dangereux marqué par un rétablissement de l’Iran, de la Syrie et du Hezbollah sur la scène internationale, dans la vie politique libanaise et auprès des opinions arabes.

L’intervention militaire israélienne au Liban, en réplique aux provocations de Hezbollah, aura réalisé durant l’été ce que l’on pouvait redouter de pire. Trente quatre jour de guerre ont fait entrer en résonance, de la Palestine au Pakistan, le long d’un immense arc de crise, tous les conflits en cours.

En constituant l’épine dorsale de la FINUL, la France avec certains de ses partenaires européens viennent d’accepter, dans un tel contexte, des responsabilités considérables. Sur le terrain, il s’agit d’éviter que la situation ne dégénère. Politiquement, il y va du crédit collectif des Européens.

Pour réussir, les Européens ont peu de cartes en main. Comme arbitres, ils manquent en outre de confiance en eux-mêmes et de volonté d’affirmation collective.

Les déclarations de l’UE consacrées au Liban habillent du voile de l’unité de simples velléités d’action commune. Mais en réalité, dans la crise libanaise comme dans la plupart des crises où les Européens sont engagés, il manque toujours la volonté d’agir ensemble comme un seul et véritable acteur stratégique.

On peut donc craindre qu’une fois de plus au Liban les Européens, otages d’une situation sur laquelle ils n’ont guère de prise, s’enferrent et jouent au mieux les utilités. Cette opération peut toutefois être l’occasion pour les Européens d’un sursaut salutaire comme celui que provoqua leur intervention dans les Balkans.

Il ne s’agit plus cette fois de viser seulement à améliorer l’efficacité opérationnelle de nos engagements militaires mais de chercher à en renforcer l’efficacité politique. Notre présence militaire au Liban, au cœur du cyclone, nous contraint d’abord à un effort de lucidité.

L’idéologie humanitaire n’a pas domestiqué l’histoire. Le monde d’aujourd’hui se révèle dangereux. Nous devons vivre avec le risque de la guerre, le risque de conflits qui peuvent affecter directement ou indirectement la sécurité de l’Europe.

Les Européens avaient depuis la chute du mur de Berlin rangé la guerre au magasin de l’histoire comme s’ils étaient à l’abri du danger. Voici qu’elle revient sur eux au travers des menaces de plus en plus incarnées. La prolifération met à portée de missiles nucléaires le territoire de nos pays. Une course folle aux armements menace la paix en Orient et en Asie et par contrecoup la stabilité du monde. Les relations internationales sont mises sous tension par le terrorisme islamiste qui, comme un terrible goutte à goutte acide, érode non seulement la sécurité mais la concorde dans nos sociétés. De l’Afghanistan à la Côte d’Ivoire en passant par le Liban désormais, nos soldats sont mêlés à toute une série de conflits dont l’Occident ne parvient pas à se dégager.

La crise libanaise met les Européens au pied du mur. Elle leur signale ensuite que s’ils veulent être à la hauteur de leurs responsabilités internationales, ils ont besoin d’une Union politique plus solide et ils doivent intégrer en urgence leurs moyens militaires disparates. Pour les quinze prochaines années, ce sera le grand chantier européen ou le cimetière du modèle que l’Union prétend incarner.