Propos recueillis par Olivier Provost


- Que pensez-vous des récents bouleversements autour du dossier EADS ?
- S’il y a de bonnes nouvelles comme le lancement de l’A350, les manoeuvres actuelles de restructuration dans l’industrie d’armement me paraissent brouillonnes et, pour l’heure, inintelligibles. Compte tenu des échéances, en particulier celles fixées dans le pacte d’actionnaires d’EADS, je m’étonne du mélange de lenteur puis de précipitation capricieuse à l’égard de nos partenaires européens. S’il s’agit du choix des personnes, certaines pratiques et certaines rumeurs créent un climat détestable qui ne rehausse pas l’image de notre pays.

- Pensez-vous que cela va perturber l'avenir de la relation entre Français et Allemands sur ces sujets ?
- Je constate sur beaucoup de dossiers industriels l’incompréhension des Allemands et une grande maladresse française. Tout cela laisse des traces. Dans le cas d’EADS, on brûle ses vaisseaux sur des questions de management avant d’avoir clarifié avec l’ensemble des parties prenantes les futures options stratégiques.

- Vous avez été auprès de Lionel Jospin à Matignon l'un des artisans de la création d'EADS. Estimez-vous que les événements actuels remettent en cause les principes fondateurs du groupe ?- La constitution d’EADS a pris moins de deux ans entre 1998 et 2000. Nous avons pourtant toujours veillé à marquer des étapes avec des négociations menées parfois simultanément entre Aérospatiale et Matra, avec Dasa pour créer EADS, puis avec BAe pour trouver un accord dans les missiles et sur Airbus, enfin pour accueillir les Espagnols. Une bonne technique de discussion et une règle simple : respecter la parole donnée, ont été les clefs du succès. A cet égard, l’accord franco-allemand dans EADS repose sur une logique partenariale et un équilibre des pouvoirs dans l’entreprise.

- Un mariage EADS - Thales a-t-il du sens à vos yeux ?
- Si pour y parvenir il faut démembrer Thales, dédommager dans des conditions discutables Alcatel et Dassault, violer pour cela des accords de non reconstitution d’actifs souscrits par les uns et par les autres, renier nos partenariats avec les Britanniques, supprimer des emplois et détruire de la valeur industrielle, tout en ayant favorisé les spéculations boursières, cela a-t-il un sens pour l’Etat actionnaire, pour le personnel, pour les actionnaires minoritaires ? Il y a des synergies entre Thalès et EADS, c’est indiscutable. Mais pour le moment aucun des schémas de rapprochement de ces deux sociétés ne m’ont convaincu. Par ailleurs, la constitution d’un groupe de cette taille, qui serait dominant au niveau Européen implique que l’on se préoccupe aussi de son contrôle et des conditions de la concurrence pour les marchés militaires dans l’Union.

- En marge de ce dossier se déroule la bataille entre Airbus, filiale d'EADS, et Boeing sur la question des aides publiques à l'aéronautique. Quelle est votre opinion ?
- Il me semble que le système des avances remboursables pratiqué, à l’égard de leurs industriels, par les pays associés aux programmes Airbus fonctionne de manière satisfaisante et relativement transparente. Pour de nombreux programmes en cours de commercialisation, l’Etat français a d’ailleurs été plus que remboursé de sa mise initiale. On ne peut en dire autant des circuits d’aides directes et indirectes qui sont utilisés par les Autorités américaines pour financer leurs programmes civils, ni des crédits distribués aux industriels sous-traitants de Boeing par un certain nombre d’Etats dans le monde.