La guerre est un caméléon. Elle change de visage à chaque époque. Les Européens avaient depuis longtemps rangé la guerre au magasin de l’histoire comme s’ils étaient à l’abri du danger. Voici qu’elle revient sur eux au travers de menaces de plus en plus incarnées. La prolifération met à portée de missiles nucléaires le territoire de nos pays. Une course folle aux armements menace la paix notamment en Orient et en Asie et par contrecoup la stabilité du monde. Les relations internationales sont mises sous tension par le terrorisme islamiste qui, comme un terrible goutte à goutte acide, érode non seulement la sécurité mais la concorde dans nos sociétés. De l’Afghanistan à la Côte d’Ivoire, nos soldats sont empêtrés dans toute une série de conflits dont l’Occident ne parvient pas à se dégager. L’opinion s’inquiète. Sous de tels auspices, le XXIème siècle qui commence n’est guère engageant même s’il faut se garder des délires d’apocalypse. Cependant, si nous voulons déjouer les pièges de la violence, il nous faut accepter de regarder la guerre en face, aujourd’hui caractérisée par un mélange de haute technologie et de brutalité, par l’effacement des frontières et le retour des passions identitaires. Or, au lieu d’avoir sur les conflits et les désordres qui perturbent la planète un regard neuf, nous avons un regard vide. Notre génération qui a eu le privilège d’être jusqu’ici épargnée ne s’est pas préparée politiquement et moralement. Son absence de lucidité risque de précipiter les défaites de demain. Le défi est pourtant immense : comment concilier le dégoût de la guerre et les combats à mener au nom de la démocratie, du droit et de l’humanité ? A l’heure des Etats continents, pour peser sur la société internationale en faveur de plus de justice et de sécurité, il n’y a pas trente six solutions. Les Européens ne peuvent assurer leur protection, rééquilibrer leurs positions avec les Etats-Unis, défendre les valeurs de liberté, d’égalité, de laïcité et de tolérance sans construire une Union politique plus solide et intégrer en urgence leurs moyens militaires disparates. Ce sera pour l’Europe le grand chantier des quinze prochaines années ou le cimetière du modèle qu’elle prétend incarner. En tant que chef des armées, tels sont les enjeux pour le président à élire en 2007.